On vous a peut-être dit que vous étiez malades, que votre cerveau dysfonctionnait, que vos réactions étaient disproportionnées, que vos comportements étaient des symptômes à corriger. On vous a donné des noms dépression, borderline, anxieux, bipolaire comme si nommer suffisait à expliquer.
Ce n’est pas vrai.
Ce que vous appelez votre maladie est probablement la chose la plus intelligente que vous ayez jamais faite. Une réponse précise, adaptée, cohérente à un environnement qui ne l’était pas. Le problème n’est pas que vous ayez mal répondu. C’est que la réponse a survécu à la question.
Le manque peut devenir plus familier que le bien-être. La vigilance plus naturelle que le repos. La distance plus sûre que le lien. Ce n’est pas une maladie c’est une logique. Construite trop tôt, dans un contexte qui n’existe plus, mais une logique quand même. Et toute logique, si on remonte assez loin, a une origine qui avait du sens.
La psychiatrie dominante objective cette logique, la mesure, la catégorise puis tente de l’effacer sans jamais vraiment se demander ce qu’elle dit. Sans entendre le message dans le symptôme.
Et pour effacer, il faut d’abord évaluer. Cocher des cases. Quantifier. L’entretien psychiatrique standard ressemble moins à une rencontre qu’à une procédure douanière on vérifie si vous correspondez à un profil, on tamponne, on oriente. Le patient devient un dossier avant d’être une personne. Le symptôme devient un critère avant d’être un message. On se rassure de voir chez vous ce qui est écrit dans les livres plutôt que de se laisser surprendre par la singularité de votre perspective et ce qu’elle a à nous apprendre sur le monde.
Il n’y a pourtant aucune malveillance. C’est une épistémologie une façon de croire qu’on comprend ce qu’on mesure, que nommer suffit à savoir et que catégoriser c’est soigner.
Mais vous ne pouvez pas lire un message sans d’abord accepter qu’il en est un. Et on ne peut pas rencontrer quelqu’un qu’on est déjà en train de diagnostiquer.
La rencontre exige de suspendre le savoir. C’est inconfortable pour le clinicien formé à réduire l’incertitude. C’est pourtant la seule condition pour que quelque chose de réel se passe entre deux individus.
Ce que la plupart des patients déçus de la psychiatrie décrivent, ce n’est pas un mauvais traitement. C’est une absence de rencontre. Le sentiment d’avoir été vu sans être connu. Évalué sans être entendu. Orienté sans être compris.
Ce texte part d’une conviction simple : on ne guérit pas d’une intelligence; on apprend seulement à la relire.

