L’idée de cette série m’est venue lors d’une discussion où l’on m’a demandé ce qu’était un pervers. La réponse me parut si riche que je ne sus pas, ce jour-là, la formuler clairement. J’étais moi-même arrêté par des zones d’ombre qui brouillaient ma compréhension de cette structure. Voici une première tentative de les dissiper.
Dans le langage courant, on reconnaît le pervers à ses comportements moralement douteux et à la conscience qu’il en aurait. Le pervers serait celui qui prend plaisir à faire le mal, à transgresser, à humilier, à nuire; celui qui jouit de la souffrance d’autrui. Mais c’est là un jugement éthique, pas un diagnostic. On ne reproche pas moralement au chat de fondre par plaisir sur l’oisillon sans défense. Quant au « pervers sexuel » du sens commun, l’obsédé de la chose, il ne nomme qu’une surface : la perversité est d’abord une structuration psychique.
Disons-le simplement, on verra ensuite pourquoi : le pervers n’est pas celui qui veut le mal. C’est celui qui ne le ressent plus. Toute la question tient dans le gouffre qui sépare savoir qu’une chose est mauvaise et la sentir dans sa chair.
La tradition structurale Lacanienne fait de la perversion un troisième pôle, entre névrose et psychose, et l’explique par le déni : “je sais bien, mais quand même.” J’ai longtemps emprunté ce chemin mais je m’en écarte aujourd’hui sur un point. Si le pervers ne faisait que tenir son savoir à distance, l’affect attaché à ce savoir devrait pouvoir revenir; comme le remords revient au criminel passionnel, qui tue dans un moment de suspension puis s’effondre. Or chez le pervers, rien ne revient. Ce n’est donc pas une suspension de l’affect culpabilité mise entre parenthèses mais un affect éteint, un organe mort des fonctions émotionnelles normalement distribuées à la naissance.
On retrouvera ici des éléments concernant la genèse de cette structuration, par quelles événements pourrait survenir cet extinction affective :
Et ici nous parlerons de comment elle est vécue par les concerné, de la réalité qu’ils expérimentent au quotidien :



